Joan Cererols

Missa de Batalla

Programme

Nous sommes en plein siècle d’or espagnol, tout au long de la permanence de la dynastie des Habsbourg en Espagne, de Philippe II à Charles II. Le destin de la Catalogne est lié à celui de la couronne hispanique depuis l’union entre l’Aragon et la Castille avec Isabelle et Ferdinand, les rois catholiques. Elle subira de plein fouet l’influence de la cour – la recherche d’apparat et de magnificence –, le prestige expansif du castillan, qui y deviendra la langue de la culture jusqu’au XIXe siècle ainsi que, non sans heurts, la politique castillane aux visées impériales. En musique, son devenir est à l’image de celui de toute l’Espagne : grande influence de l’esprit de la Contre-Réforme, suite au concile de Trente, qui met l’art au service de la propagande religieuse. C’est le temps de la grande polychoralité espagnole et des chapelles musicales.

Souvent associée à son pays d’origine, l’Italie, et plus particulièrement à Venise, où se pratiquaient les fameux “chori spezzati“ (chœurs brisés), la polychoralité est une technique de composition qui exploite les ressources de l’espace acoustique et dont les effets sont magistraux.
La forme vénitienne avait la particularité d’être symétrique : deux chœurs similaires se répondent et s’entrecoupent. L’hispanique est plus baroque : pas de symétrie ici mais plusieurs chœurs, deux ou plus, qui dialoguent en contraste, l’un aigu avec des fonctions solistes (réduit parfois à un ou deux chanteurs), et l’autre ou les autres plus graves et plus fournis. Le résultat sonore est spectaculaire car leur conversation, du point de vue de l’auditeur, occupe tout l’espace acoustique, avec un son qui vient de partout en même temps. Le texte liturgique ne s’en trouve que plus théâtralisé et magnifié.

Célèbre depuis des siècles, la chapelle musicale de l’abbaye de Montserrat a une place de choix dans la production musicale catalane du XVIIe siècle, et son représentant le plus en vue est probablement Joan Cererols (1618-1680), formé depuis son enfance dans la fameuse « escolania » d’enfants chanteurs, puis devenu moine et compositeur au service de ladite abbaye. Sa Missa pro Defunctis a été composée pendant la grande peste qui ravagea Barcelone en 1650, sa Missa de Batalla célèbre la conquête du royaume de Naples en février 1648. Quant au chant Ay, qué dolor, il s’agit tout simplement du thème qu’utilisera Bach dans le chœur initial de la Passion selon saint Matthieu 60 ans plus tard !

La pratique courante du colla parte (les instruments doublent les voix) et la spécificité de l’instrumentarium utilisé en Espagne nous ont poussé à faire reconstruire certains instruments afin de les utiliser dans ce programme. Nous avons ainsi commandé, outre un consort de violes renaissances, un consort complet de bajoncillos (bassonnets hispaniques) sur les modèles du constructeur de la Capella Reial, Melchor Rodríguez (El Escorial, 1669).
C’est ainsi un véritable travail de recherche que nous avons engagé pour retrouver les sonorités resplendissantes propres à ces musiques, encore trop peu jouées.

Joan Cererols (1618-1680)
¡Ay, qué dolor!
Missa pro Defunctis
Serafín, que con dulce harmonía
Missa de Batalla
Distribution
Marie Perbost, soprano I
Anne-Sophie Petit, soprano II
Robert Getchell, ténor
Josep Cabré, basse

La Chapelle Harmonique (chœur et orchestre)
Valentin Tournet, direction
Dates

Jeudi 4 juillet 2019, 21h
Festival d’Auvers-sur-Oise

Vendredi 5 juillet 2019, 20h
Chapelle Royale de Versailles